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Libérons-nous des énergies fossiles

Nos vies en dépendent

Si l’on met de côté le contexte politique, le réchauffement climatique est simple à expliquer. Il s’agit ni plus ni moins d’un problème scientifique. Nous avons un surplus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, parce qu’au cours des 100 dernières années, nous avons brûlé des quantités énormes de charbon, de pétrole et de gaz. 

Chaque fois que vous brûlez ces substances, vous produisez une grande quantité de CO2. En se consommant, un gallon de gaz d’environ huit livres dégage approximativement cinq livres de CO2 dans l’atmosphère. Vous ne pouvez pas le voir ni le sentir, mais ce gaz carbonique emprisonne de la chaleur qui serait autrement évacuée dans l’espace et sa structure moléculaire agit comme une couverture en réchauffant la terre. 

C’est simple. Pas facile, mais simple. Nous devons arrêter de consommer des énergies fossiles et trouver une autre manière d’alimenter les appareils électroniques desquels nous dépendons. C’est aussi simple que ça. 

Le problème, c’est que de nombreuses personnes ne veulent pas se libérer des énergies fossiles et adopter l’énergie solaire ou éolienne, et ce, pour des raisons financières. Les compagnies d’énergies fossiles ont des réserves énormes de charbon, de pétrole et de gaz. Ils veulent les brûler. C’est ce qu’ils ont promis à leurs investisseurs et aux banques, même si les scientifiques ont affirmé qu’il fallait garder 80 % de ces substances sous la terre pour éviter une catastrophe écologique. 

Un combat commence. Un combat d’une importance primordiale. 

Des protestants sur une plateforme de pétrole. Ende Gelände, Allemagne. Photo par Tim Wagner.

Protesters at an oil rig in Ende Gelände, Germany

Il y a cinq ans, « Libérons-nous des énergies fossiles » était une idée nouvelle. Lorsque les environnementalistes abordaient la politique en matière de climat, ils parlaient simplement de diminuer la demande. Sur le plan individuel, on vous demandait de réduire votre consommation d’énergie. Sur le plan politique, on demandait au gouvernement d’imposer un prix sur le carbone. Ces idées étaient excellentes, et elles progressent lentement mais sûrement (plus lentement aux États-Unis, mais c’est dans l’ordre des choses). Si le temps le permettait, le gouvernement et les scientifiques pourraient réduire progressivement et efficacement les émissions de carbone.

Par contre, nous manquons de temps. 2015 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée, dépassant les records atteints en 2014. En 2016, février et mars ont été les deux mois les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle planétaire, et cette année battra les records de 2015. Nous devons adopter une approche double pour adresser cet enjeu et considérer l’offre ainsi que la demande. Nous devons laisser les énergies fossiles sous la terre.  

La majorité du charbon, du pétrole, du gaz et de l’argent provenant de cette industrie sont concentrés dans quelques réservoirs de carbones énormes enfouis sous terre. On retrouve du pétrole en Antarctique, dans la mer Caspienne ainsi que dans les sables bitumineux du Canada et du Venezuela. Il y a du pétrole en Australie-Occidentale, en Indonésie, en Chine et dans le bassin de la Powder River. Des gaz pourraient être extraits par fracturation hydraulique en Europe de l’est. On les appelle « bombes de carbone ». Si elles explosent, si elles sont déterrées et brûlées, elles détruiront notre planète. Bien sûr, on pourrait aussi les appeler des gouffres financiers, car ces ressources pourraient valoir 20 milliards de dollars. Peut-être même plus. 

C’est pourquoi nous mobilisons nos efforts à l’échelle planétaire afin de désamorcer ces bombes de carbone. Ce mois de mai, des gens de partout dans le monde joindrons Libérons-nous des énergies fossiles, qui deviendra peut-être la plus grande action de désobéissance civile jamais vue dans l’histoire. Dans 17 pays, nous formerons des chaînes humaines pour bloquer l’accès aux nouveaux oléoducs, aux ports et aux lignes de chemin de fer qui fournissent les flux de carbone. 

Si vous comprenez l’enjeu de l’oléoduc Keystone, vous comprenez celui de notre mouvement. En Amérique, l’oléoduc Keystone a été le plus gros enjeu environnemental des dernières décennies. Selon les experts, il ne représentait « qu’un seul oléoduc », mais notre lutte a ralenti de façon notable l’expansion des sables bitumineux au Canada. Les investisseurs, incertains que des solutions abordables existaient pour apporter le pétrole sur le marché, ont retiré des dizaines de milliards de dollars en investissement, avant même que le prix du pétrole chute. Jusqu’ici, seulement environ 3 % du pétrole provenant de ces sables bitumineux ont été extraits. Cette bombe menace toujours d’exploser. Si nous luttons contre les oléoducs, nous la désamorcerons. 

Les mêmes tactiques fonctionnent dans d’autres pays. Dans le Nord-Ouest du Pacifique, des milliers d’activistes en kayak (« kayaktivistes ») ont bloqué la plateforme de forage de Shell, destinée à l’exploitation pétrolière en Arctique. Le géant pétrolier a ensuite annulé son projet. En Australie, des groupes indigènes et des scientifiques du climat ont exercé une pression incessante pour bloquer ce qui serait devenu la plus grande mine de charbon dans la Galilée Valley à Queensland. Les activistes ont réussi à faire mettre le projet sur la glace assez longtemps que d’autres militants ont pu exercer des pressions sur les banques du monde entier pour qu’elles renoncent au financement de cette énorme mine. Au printemps 2015, les plus grandes institutions financières du monde ont refusé de financer ce projet, et la compagnie fermait ses portes et licenciait sa main-d’œuvre. 

L’argent est un élément clé dans la stratégie de notre campagne. À l’automne 2012, des étudiants, des dirigeants religieux et d’autres activistes ont lancé une campagne aux États-Unis pour décarburer l’économie, qui s’est vite propagée en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Europe. Notre argument était simple : si Exxon, Chevron, BP et Shell avaient comme plan de brûler plus de carbone que la planète ne pourrait supporter, nous devions rompre nos liens avec eux. 

Ces désinvestissements nuisent directement aux compagnies des énergies fossiles. Peabody, un joueur de taille dans l’industrie du charbon, dit aux actionnaires en 2014 que notre campagne nuisait au cours de ses actions. Rockefeller Brothers Fund commença à se départir de ses investissements dans l’industrie des énergies fossiles, tandis que la Deutsche Bank, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont commencé à emprunter la même voie. Un mois après l’annonce de Rockefeller, le gouverneur de la Banque d’Angleterre affirma lors d’une conférence que la vaste majorité des réserves de carbones étaient inexploitables, et a averti les investisseurs potentiels qu’une grande partie de leur capital investi serait irrécupérable. Essayer de quitter la bulle du carbone est l’une des principales raisons expliquant le désinvestissement de sommes considérables. Par exemple, le régime de retraite des fonctionnaires de la Californie a perdu 5 cinq milliards de dollars avant même pouvoir vendre leurs actions.

Des kayaktivistes s'élèvent contre les sables bitumineux. Photo par 350.org.

Kayaktivists on the water

En mai, nous exercerons de la pression pour obtenir des résultats similaires. Comme toujours, les dirigeants représenteront les communautés habitant à proximité. Certains d’entre nous marcheront jusqu’à ces endroits; d’autres se rassembleront devant les ambassades et les banques. Plus le public est conscientisé aux dangers des énergies fossiles, pour nous avons de chances de nous en libérer.

Si vous êtes sceptiques, pensez à ce qui est arrivé en Amazonie après que les scientifiques du monde entier ont déclaré dans les années 80 que la forêt amazonienne était le poumon de notre planète. À la surprise de plusieurs, le gouvernement brésilien a ralenti la déforestation. Même si ses efforts n’ont pas toujours été un succès, le gouvernement a réussi à garder ces arbres sur la terre, tout comme nous devons garder les énergies fossiles sous la terre. 

De plus, les solutions de rechange aux énergies fossiles sont de moins en moins coûteuses. Le prix des panneaux solaires a chuté de plus de 75 % pendant les six dernières années, représentant une véritable menace pour les magnats de l’industrie des hydrocarbures. Ils savent qu’ils doivent développer une nouvelle infrastructure dans les prochaines années. S’ils peuvent construire ces mines et ces oléoducs, ils pourront extraire le carbone à des coûts compétitifs pendant les 40 à 50 prochaines années, assez pour détruire notre planète. S’ils ne peuvent le faire, et si nous nous mobilisons pendant encore quelques années seulement, nous ferons la transition vers les énergies propres. 

Je ne sais pas si nous gagnerons cette lutte à temps. Les nombreuses données scientifiques sur les dommages déjà causés me rendre perplexe. Par contre, je sais que nous luttons maintenant sur tous les fronts.

Le plus important est le plus simple : nous pouvons, devons et garderons le charbon, le gaz et le pétrole sous la terre.