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Est-ce suffisamment durable?

Can our cosmetics actually be a force for regeneration?

Ce que Simon Constantine, acheteur en chef et parfumeur chez Lush, a appris en voyageant pour acheter nos ingrédients a incité Lush à aller au-delà de l’achat d’ingrédients durables.

Je suis d’abord et avant tout un parfumeur. À 19 ans, j’ai commencé à travailler en parfumerie et j’ai appris les rouages du métier en mélangeant des huiles essentielles de partout dans le monde. Un univers fascinant et mystérieux s’est ouvert à moi. Je passais mes temps libres à m’interroger sur la provenance des ingrédients. De l’huile essentielle de verveine de Cochin? De l’huile essentielle de vétiver de Java? Du bois de santal de Mysore? Tout cela m’apparaissait très mystérieux.

Très tôt, j’ai appris une dure leçon. Nos ingrédients n’étaient pas purs; ils étaient mélangés avec des produits chimiques bon marché pour augmenter les profits de nos fournisseurs. Je me suis indigné : « Comment peuvent-ils nous arnaquer de la sorte? ». J’ai fini par réaliser que c’était de notre propre faute. Parce que nous leur disions : « Nous en avons besoin maintenant, et pour moins cher », en ne réalisant pas les conséquences de nos exigences.

Nous devions revoir notre façon de faire. J’ai voyagé autour du monde avec mes collègues pour visiter les fermes, les producteurs et les usines. J’ai appris à connaître personnellement Cochin, Java et Mysore. Ces voyages n’étaient pas toujours positifs; nous avons découvert de nouveaux problèmes, comme le travail forcé, la pollution et l’utilisation des sols.

Un moment clé pour moi a été ma visite de la Sumatran Orangutan Society (Société des orangs-outans de Sumatra) et de leur partenaire, l’Orangutan Information Centre (Centre d’information sur les orangs-outans). J’ai pu constater de mes propres yeux les conséquences dévastatrices de l’industrie de l’huile de palme sur l’écosystème local. L’huile de palme est une huile végétale populaire utilisée dans de nombreux produits, comme le savon, la margarine et le chocolat. On l’emploie aussi comme biocarburant. À première vue, on dirait un ingrédient miracle : chaque palmier produit des tonnes d’huile. Toutefois, cette culture a des répercussions désastreuses sur l’environnement : destruction de la forêt tropicale, massacre de la population d’orangs-outans et brûlement des tourbières qui produit d’énormes nuages de carbone qui se répandent sur toute l’Asie orientale. Tous ces dommages dans le seul but de défricher des terres pour la production d’huile de palme.

Pourquoi qualifierait-on de durable une ressource cultivée à si grande échelle, qui est également néfaste pour l’environnement et la faune? En effet, une plantation qui existe pendant de nombreuses années et qui ne nécessite pas beaucoup de pesticides pourrait être qualifiée de durable. Mais pour faire place à cette plantation, il faut décimer la forêt tropicale à une vitesse de 300 terrains de football par heure, ce qui équivaut, selon mes calculs, à détruire une zone de la superficie de la région de Londres en moins de deux mois. Il faut aller au-delà de la durabilité. Les dommages causés et le gaspillage de ressources sont trop importants pour être ignorés.

Nous devions changer les choses, de façon à ce que nos achats de matières premières aient des répercussions positives sur la planète. C’est à ce moment que j’ai fait la connaissance de deux personnes incroyables dont le travail m’a inspiré et donné de l’espoir en ma vision.

Paul Yeboah travaillait depuis de nombreuses années comme agriculteur de cajou dans un monastère local lorsqu’il a été invité à découvrir la permaculture, un nouveau modèle d’exploitation agricole axé sur le développement durable et le respect des écosystèmes. Paul a grandi à une époque où le Ghana faisait face à la destruction d’une grande partie de ses forêts.

Lors de notre rencontre, il m’a fait visiter un champ et m’a expliqué pourquoi l’agriculture moderne ne convenait pas au Ghana. D’un côté de la route, nous pouvions voir un champ de manioc (un légume racine populaire similaire à la patate douce). Les plants étaient parfaitement alignés et le sol était asséché par le soleil. Cela correspondait à la vision traditionnelle de l’agriculture : une monoculture productive et facile à cultiver.

Paul s’est tourné de l’autre côté de la rue, où un agriculteur avait essayé une nouvelle technique. Parmi le manioc se trouvaient des arbres. Des arbres fruitiers, comme des manguiers, des bananiers ou des plantains, entourés de vignes contenant, entre autres, des baies de poivre noir. C’était une véritable forêt de nourriture, abritant plus de 15 espèces poussant à différents niveaux et s’entraidant à grandir. La diversité des plantes et des périodes de récolte garantissaient des profits élevés et stables au cultivateur. De plus, la quantité de manioc récoltée était la même.

J’étais sidéré. Comment ce chaos pouvait-il être supérieur à un champ bien ordonné? C’est simple : l’agriculture moderne ne comprend rien au fonctionnement de la nature. Le principe de la jachère le démontre. Lorsqu’un champ est en jachère, il est laissé au repos pour que la nature fasse son travail et l’enrichisse. Puis, nous utilisons cette terre fertile jusqu’à tant qu’elle soit vidée de tous ses nutriments. Paul m’a montré que lorsque nous plantons de façon à respecter l’harmonie de la nature, les espèces s’entraident, comme dans le cas d’un arbre de moringa qui soutient une vigne de poivre noir. Selon lui, une forêt n’a pas besoin de fertilisation.

Nous nous sommes donc lancés en affaires avec Paul. Il a trouvé un site de 20 acres qui n’était pas propice à l’agriculture. Paul a utilisé toutes les techniques de permaculture qu’il avait apprises afin de le rendre à nouveau fertile et d’y pratiquer l’agriculture biodynamique. Il a décidé d’y cultiver du moringa, un arbre considéré comme un superaliment, pour l’homme et pour la terre. Il fournit des nutriments aux autres plantes et ses feuilles séchées sont utilisées comme supplément alimentaire. Ses graines peuvent aussi être récoltées et pressées pour en extraire l’huile qui est ensuite utilisée dans des crèmes, des lotions corporelles et des savons. Le site présente de nombreux exemples de projets de permaculture qui réussissent à préserver et à régénérer la nature.

Limber est une autre personne qui m’a beaucoup inspiré. Limber vit dans l’Amazonie péruvienne. Nous lui avons demandé s’il pouvait nous aider à trouver de l’huile essentielle de bois de rose. Le bois de rose est menacé d’extinction en Amazonie en raison de la déforestation, et nous ne voulions surtout pas que notre achat d’huile essentielle contribue à ce problème. Heureusement, le père de Limber a réussi à trouver une zone où poussaient des arbres de bois de rose. Puis, Limber nous a envoyé un message urgent pour nous dire que quelqu’un exploitait la forêt illégalement. « On dirait que nous sommes dans le film Avatar », nous a-t-il dit. Nous avons donc acheté une concession de 6000 hectares, environ la taille de Auckland en Nouvelle-Zélande. Nous avons transféré l’argent à Limber, qui est ensuite disparu dans la nature pendant un mois.

La concession est magnifique et s’étend sur 5 kilomètres le long de la rivière et 30 kilomètres à l’intérieur des terres. Limber a travaillé fort pour mettre au point des techniques nous permettant de récolter le bois de rose en dérangeant le moins possible l’environnement. Par exemple, en pratiquant l’émondage, nous coupons l’arbre à hauteur de tête et lui permettons de repousser. Limber a aussi collaboré avec les autorités locales pour créer un plan sur vingt ans qui consiste à changer de zone chaque année pour permettre aux endroits exploités de se régénérer et réduire les répercussions négatives sur la faune.

Lorsque j’ai visité le projet, Limber et son équipe venaient de bâtir une maison de deux étages avec du bois trouvé sur le site, à l’aide d’un moulin à scie qu’ils ont transporté en bateau. Par terre, je pouvais voir les traces de pas des bûcherons s’entremêler avec celles des tapirs et des jaguars. Notre but est de déranger l’ordre naturel des choses le moins possible.

Les profits générés par le bois de santal sont assez importants pour soutenir entièrement le projet. Nous démontrons qu’il est possible de faire de l’argent sans décimer la forêt tropicale.

C’est ce genre d’initiative qui me passionne. Les entreprises peuvent opérer avec succès partout dans le monde tout en aidant à réparer les dommages causés à l’environnement. Plus Paul travaille sur son site au Ghana et plus Limber exploite sa concession en Amazonie, plus ils seront en mesure d’engendrer des changements. En allant au-delà de la durabilité, nous contribuons à régénérer et à préserver les ressources de notre planète.

Ces projets nous ont inspiré de nouvelles créations, comme notre gamme de savons pressés à froid. Ils ne contiennent pas d’huile de palme ni de produits pétrochimiques et mettent en vedette des ingrédients durables comme l’huile de moringa du Ghana.

Vous me traiterez peut-être de rêveur, mais c’est en voyant grand qu’on réussit à changer les choses.