Ça ne disparaît pas, ça pollue!

Le plastique a envahi les écosystèmes, les animaux et notre corps
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Texte : Dr Wallace J. Nichols

Photos : Andy Hughes
Texte : Dr Wallace J. Nichols

Photos : Andy Hughes

La majorité du plastique produit depuis l’invention de cette matière existe encore aujourd’hui et a des répercussions inimaginables sur nos vies et sur l’environnement.

Une bille bleu azur. Voilà à quoi ressemble notre planète vue de loin.

Nous sommes tous citoyens de cette magnifique petite planète bleue. C’est un lieu unique (à notre connaissance) peuplé de créatures qui dépendent de l’eau pour survivre. Le passé, le présent et le futur de l’humanité se jouent sur cette planète. Chaque décision que nous prenons, bonne ou mauvaise, a des conséquences à long terme. Il faut prendre soin de la Terre, car il n’y en a qu’une comme elle. Il n’y a pas de « planète B ». Toutefois, nos habitudes de consommation au cours du siècle dernier ne semblent pas prendre en compte son bien-être. Il y a une centaine d’années, l’utilisation du pétrole pour fabriquer du carburant et du plastique a changé nos habitudes de vie et de transport. Ce changement a entraîné une succession de répercussions négatives accidentelles sur l’environnement. Outre les changements climatiques, l’acidification des océans et les déversements de pétrole, notre écosystème est aussi touché par la pollution plastique.

Au cours du siècle dernier, la production de plastique, qui était alors presque inexistante, est passée de plus 1,5 million de tonnes métriques en 1950 à presque 300 millions de tonnes métriques en 2012. Notre écosystème n’arrive pas à absorber cette matière : depuis les années 1970, une quantité astronomique de plastique se retrouve dans nos voies navigables et dans nos océans. Les estimations indiquent que des centaines de millions de tonnes de plastique ont envahi nos écosystèmes marins, et que le problème continue de s’aggraver. Il y a 50 ans, nos habitudes de consommation étaient bien différentes : l’eau potable venait de fontaines à boire, le lait était livré dans des bouteilles en verres et les sacs de plastique n’existaient pas. On tombait rarement sur des déchets plastiques; le cas échéant, il était facile pour nous de les enlever et de remettre la plage, le sentier ou le parc dans son état naturel.

Tout ça a changé en l’espace de quelques décennies. La production de plastique a augmenté de façon exponentielle et a envahi nos vies. Le plastique est partout; impossible d’y échapper. De la mode aux appareils électroniques en passant par les véhicules, nous avons créé une économie qui nous permet de nous départir de nos biens quand bon nous semble, qu’ils soient encore utiles ou non. Toutes nos habitudes reflètent un manque de considération pour la planète; nous ne nous interrogeons pas sur les conséquences de nos actions.

« On se demande rarement ce qui arrive à un objet après qu’on l’ait jeté », affirme Dr Marcus Eriksen, explorateur des océans de renom. « Lorsqu’on vit sur une planète de 7 milliards d’habitants, on ne peut pas se permettre de se débarrasser de nos biens comme bon nous semble. »

Ça ne disparaît pas, ça pollue!

A plastic bottle pollutes a beach

En marchant sur une plage située sur une île éloignée et inhabitée en Indonésie, j’ai trouvé des vestiges colorés d’objets jetés par leurs anciens propriétaires à des milliers de kilomètres de là. L’omniprésence du plastique fait partie de notre réalité et de notre écosystème, et ses ramifications sont ahurissantes.

Soyons clairs : l’océan n’est pas « rempli » de plastique; il est beaucoup trop vaste pour cela. Mais le plastique a envahi les écosystèmes, les animaux et notre corps de manières que ses inventeurs n’auraient jamais pu imaginer.

Une fois dans l’océan, le plastique se fragmente, mais il ne disparaît jamais réellement. Certains morceaux coulent au fond de l’océan, certains échouent sur des plages et d’autres sont ingérés par les poissons et autres animaux et se retrouvent ainsi dans notre corps lorsque nous consommons des produits de l’océan. Une bouteille de plastique peut prendre des centaines d’années à se désintégrer comparativement à 20 ans pour une fibre de coco, six mois pour une pelure d’orange et quelques semaines pour un sac en papier.

Lorsque le plastique demeure dans notre environnement, il s’effrite de plus en plus et devient ce qu’on appelle du microplastique. Les produits d’hygiène comme les exfoliants et le dentifrice peuvent aussi contenir des microbilles de plastique qui se retrouvent ensuite dans nos cours d’eau. Environ 10 % du plastique est visible; le reste est enterré dans le sable.

En 2012, Marc Ward, de l’équipe Blue Wave de l’organisme Sea Turtles Forever, s’est rendu sur une plage d’apparence propre à Crescent Beach en Oregon. Dans un mètre carré d’eau, il a filtré plus d’une demi-livre de plastique, comprenant 739 particules de styrène et 861 microbilles. On retrouve du microplastique dans les Grands Lacs, dans de nombreuses rivières et dans tous les océans du monde.

Au Brésil, on a découvert plus de 3 400 morceaux de plastique de toutes tailles à l’intérieur d’une jeune tortue verte. Un bien triste record. Selon mes estimations, chaque tortue de mer sur la planète consommera du plastique au cours de sa vie. Le plastique peut les tuer en les suffoquant, mais aussi diminuer leur énergie, leur croissance et leur taux de reproduction.

Nettoyer cette véritable catastrophe écologique est une tâche monumentale, mais les pays, les municipalités et les communautés partout dans le monde prennent des mesures pour arrêter la circulation du plastique dans notre environnement et pour trouver des solutions efficaces et durables. Nous avons les connaissances et la technologie nécessaires pour résoudre ce problème, mais nous avons besoin d’une plus grande implication politique et citoyenne.

Selon moi, la situation va empirer avant de s’améliorer. La production de plastique continue à augmenter, si bien que la collecte, la réutilisation et le recyclage n’arrivent pas à combler la demande. D’un autre côté, dans les dix dernières années, il y a de plus en plus de citoyens, de scientifiques, d’entreprises, d’étudiants, d’organismes et de gouvernements qui contribuent à changer les choses. Des communications, des politiques et des expériences novatrices avec de nouveaux matériaux sont en cours, et les résultats sont partagés à travers le monde.

En plus de comprendre ce qui arrive à nos déchets plastiques, nous devons aussi nous questionner sur la nécessité de nos achats. Pouvez-vous emprunter ou prêter vos biens au lieu d’en acheter de nouveaux? Pouvez-vous fabriquer des choses par vous-même? Pouvez-vous acheter local et soutenir des entreprises responsables qui offrent des produits ayant une empreinte carbone moins importante et une durée de vie plus longue?

C’est le moment d’utiliser notre créativité, notre passion, notre détermination et notre esprit novateur pour favoriser un changement positif et changer la manière dont nous vivons sur notre belle planète bleue.

Conservez cet article dans un endroit visible pour avoir un rappel constant. Envoyez-le à dix de vos amis. Poursuivez la discussion. Au bon vieux slogan « réduire, réutiliser, recycler » ajoutez « refuser et repenser ».

Souvenez-vous : il n’existe pas de « planète B ». Il faut changer les choses dès maintenant.

 

Pour en apprendre plus sur le travail du Dr Nichols, consulter WallaceJNichols.org.

Une fois dans l’océan, le plastique se fragmente, mais il ne disparaît jamais réellement. Certains morceaux coulent au fond de l’océan, certains échouent sur des plages et d’autres sont ingérés par les poissons et autres animaux et se retrouvent ainsi dans notre corps lorsque nous consommons des produits de l’océan.
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